Témoignage d’une stagiaire au Sénégal

Evelyne vous raconte la réalisation de son mémoire au Sénégal de mars à juin 2018

Témoignage d’une stagiaire au Sénégal
  • Sénégal

Bonjour à tous !

Je m’appelle Evelyne et je viens de terminer mes études de bio-ingénieure en Gestion des Forêts et des Espaces Naturels à la faculté de Gembloux Agro-Bio Tech (Université de Liège). Lors de l’année académique écoulée, je me suis spécialisée dans le domaine tropical avec une première expérience en terre africaine au Cameroun en octobre 2017 – module de cours de foresterie tropicale – et la réalisation de mon mémoire au Sénégal de mars à juin 2018 – en partenariat avec l’ONG Aide au Développement Gembloux (devenue depuis Eclosio).

Une nouvelle expérience africaine

Suite à mon expérience intense en terre camerounaise, j’ai éprouvé une réelle envie de m’investir dans le monde de la coopération internationale. Je désirais par-dessus tout réaliser un mémoire qui ait du sens et qui aide les autres, de préférence en zone tropicale.

J’ai donc répondu à l’offre d’Eclosio proposant de travailler sur l’évaluation des besoins en bois des ménages du Delta du Saloum, au Sénégal. Cette thématique m’attirait beaucoup et je m’y projetais déjà un peu… Ce stage était déjà pourvu (cf témoignage de Sandrine Van den Bossche) mais mon profil plus « forestier » les intéressait.

Mon mémoire a finalement porté sur les reboisements de mangrove ayant eu lieu depuis une vingtaine d’années dans la Réserve de Biosphère du Delta du Saloum. J’en ai réalisé une évaluation écologique – via la mesure de paramètres biologiques et environnementaux – et sociale – avec une enquête menée auprès de 116 personnes issues de 12 villages de la zone.

Des différences qui enrichissent

Le changement brutal des températures a été assez intense à vivre. En quelques jours, je suis donc passée de 5 à environ 40°C, avec 46°C certains jours de terrain ! Autant vous dire que ces jours-là je buvais 4,5 litres d’eau par jour !

La ferveur religieuse des personnes rencontrées m’a fortement marquée (pour information, 95% des Sénégalais·e·s sont musulman·e·s). La religion rythme leur vie avec 5 prières par jour à heures fixes, et également une période de ramadan qui dure un mois. Pendant celle-ci, ils se privent de toute nourriture, boisson et relation sexuelle entre le lever et le coucher du soleil. Il s’agit d’un grand mois de prière où l’on se purifie des événements de l’année écoulée. Leur détermination à réaliser ce qu’ils pensent être juste pour eux m’a vraiment impressionnée.

Une curiosité de ce voyage a été nos déplacements à moto vers les différents villages de la zone terrestre. Il n’était pas rare qu’au détour d’un village, les enfants courent derrière nous en nous faisant signe de la main et en criant « toubaaaaab ! » – ce qui signifie « blanc » en langue locale. Ces villages sont assez reculés et la présence de personnes blanches est plutôt rare.

Par ailleurs, la terranga sénégalaise m’a beaucoup touchée : l’hospitalité est offerte à toute personne étrangère (sénégalaise ou non) arrivant dans un village. Il n’y avait d’ailleurs pas besoin de prendre un en-cas pour midi lors des déplacements sur le terrain, on allait d’office nous préparer à manger au village ! Ce qui m’a le plus frappé c’est que ces gens sont « très pauvres » (d’un point de vue occidental et monétaire) mais qu’ils donnent et partagent sans compter. Parfois, alors que j’étais accueillie avec bonté dans un village, j’avais un peu honte car si eux venaient chez nous, ils ne seraient sans doute pas accueillis de la même manière… Cela a été une grande leçon pour moi.

evelyne | Eclosio

Ma rencontre avec la mangrove

Comment vous parler de mon stage sans mentionner la mangrove… J’ai entendu parler de cet écosystème pour la première fois lors d’un cours de première bachelier et cela m’avait fait rêver ! Le fait d’avoir eu l’occasion de m’y rendre m’a emplie de gratitude.

La mangrove est un ensemble d’arbres et d’arbustes périodiquement inondés par de l’eau marine. On les retrouve le long des côtes tropicales et subtropicales sur des sols salés, vaseux et peu oxygénés.

La mangrove de la zone terrestre était malheureusement assez dégradée, ce qui m’a fait de la peine, mais de gros efforts de reboisements sont déployés chaque année par la population en partenariat avec diverses ONG. J’ai beaucoup de respect pour leur travail.

Dans la zone insulaire, la mangrove naturelle est beaucoup plus présente. La différence est frappante et j’ai trouvé cet écosystème tellement beau ! Le lien des populations à la mangrove est très fort là-bas car les gens en vivent – via la récolte de produits halieutiques (poissons, fruits de mer), de miel, de bois et de produits médicinaux… Les habitant·e·s m’ont fourni une quantité impressionnante d’informations sur l’écosystème dans lequel ils vivent. J’ai vraiment apprécié les échanges que j’ai eus avec eux.

evelyne | Eclosio

De nombreux apprentissages !

Mener à bien ce mémoire m’a appris bien plus qu’à simplement mettre en œuvre des connaissances.

En effet, cette expérience m’a permis d’en apprendre beaucoup concernant les ficelles du métier de bio-ingénieur, par exemple lors de la planification des activités ainsi que la gestion du budget, des équipes et de la logistique pour se rendre sur le terrain.

Par ailleurs, j’ai beaucoup appris sur moi-même, ma facilité de contact avec des personnes d’une culture différente et mes capacités à faire face aux « aléas du terrain ». Je ressors grandie de cette expérience. J’en ai également appris davantage sur les relations humaines, dans leurs bons comme dans leurs moins bons côtés.

Finalement, j’ai découvert l’envers du décor de la coopération internationale, avec certaines désillusions quant au fonctionnement des projets de développement.

evelyne | Eclosio

Remerciements

Je tiens vraiment à remercier Eclosio pour cette incroyable opportunité qui m’a été offerte. Un grand remerciement aussi à Sandrine Van den Bossche avec qui j’ai réalisé la plupart de mes journées de terrain. Sans toi mon séjour n’aurait pas été le même ! Djérédief  également à la famille Mbaye qui m’a invitée à manger midi et soir pendant toute la durée de mon séjour à Foundiougne. Je les considère d’ailleurs comme faisant partie de ma famille de cœur!

Je vous souhaite de trouver un stage qui vous épanouisse et vous fasse grandir autant que le mien.

Evelyne Bocquet

photo 1: Déplacements sur le terrain avec des volontaires forestiers
photo 2: Réalisation de questionnaires
photo 3: Dernier soir avec la famille Mbaye