Témoignage d’un stagiaire Eclosio au Sénégal 2018

Pour débuter cet article, je souhaite vous présenter mon parcours et les raisons qui m’ont poussé à vous partager aujourd’hui mon expérience.

Étudiant d’un bachelier en agronomie (Institut Technique Agricole, Soignies), j’ai choisi de réaliser mon stage de dernière année au Sénégal, pour une durée de trois mois (de février à mai 2017), et plus précisément durant la période sèche qui dure 9 mois au Sénégal (de septembre à juin). Un des objectifs de ce stage était de proposer une méthodologie pour la réalisation d’un programme de recherche-action à moyen long terme pour Eclosio et ses partenaires dans le domaine de l’agroécologie. Ce programme était le reflet de l’orientation que je souhaitais d’emblée apporter dans ma future profession, car il fait le lien entre la technicité des choses et mes convictions personnelles.

Se préparer, sans tout contrôler

En premier lieu, je conseille vivement à tous ceux et celles qui veulent partir et avoir une expérience dans la coopération au développement de préparer au maximum leur stage/voyage/enquête avant la date de départ fatidique. En effet, une fois sur place, l’engrenage se met très vite en place. À titre d’exemple : avant de partir sur le terrain, j’ai élaboré un guide d’entretien qui visait à mesurer les connaissances et la maîtrise pratique des agriculteur-trice-s en matière d’expérimentation et de démonstration envers les populations locales sur la thématique de l’agroécologie.

Ces initiatives m’ont permis de partir directement sur le terrain à la rencontre des différents partenaires et organisations. « Préparer » son stage ne veut cependant pas signifier le « contrôler » ; la découverte fait partie intégrante du voyage et c’est ce qui a fait la richesse de mon expérience. En effet, j’ai appris que suivre son instinct vaut parfois mieux que de suivre méthodiquement et aveuglément des consignes préétablies.

La rencontre et les premiers jours

La rencontre avec toute l’équipe était d’emblée accueillante : je m’y suis senti directement chez moi ! L’accueil sénégalais est à la hauteur de sa réputation. En effet, la « Terranga » (c’est-à-dire l’accueil sénégalais en Wolof) est présente partout et la maison de passage (logement fourni par ADG) est un énorme avantage pour les « Toubabs » (nom donné par les Sénégalais-e-s pour les personnes blanches de type européen) débarquant au Sénégal. Elle permet de s’immerger entièrement dans le contexte grâce à la cohabitation avec les collègues sénégalais-e-s. Mais, attention, qui dit logement, dit moustiquaire obligatoire et réserve d’eau nécessaire pour les éventuelles coupures d’eau.

La première journée s’est passée à Dakar, en compagnie de Stéphane Contini (Coordinateur régional ADG). Ce fut une opportunité de définir ensemble les différents objectifs et attentes de mon stage – autant celles d’ADG que les miennes. Le deuxième jour se passa à Thiès, au bureau d’ADG, et l’engrenage se mit complètement en route. Le déroulement du stage fut intense, car je partais sur le terrain deux à trois fois par semaine, ce qui me permit de faire connaissance avec les membres de nombreuses associations travaillant sur la thématique de l’agroécologie.

« Nourrissez le sol, pas vos plantes »

Durant la période de mon stage, il faisait tellement sec que la matière organique se décomposait très lentement, voire quasiment pas. Pourtant, celle-ci est un des fondements de l’agroécologie : c’est grâce à elle que les plantes se nourrissent et peuvent endiguer la dégradation des sols. Il est certain qu’une mauvaise fertilité des sols va directement influencer la qualité et la quantité de nourriture produite. Certain-e-s agriculteur-trice-s sur le terrain me répétaient d’ailleurs : « Nourrissez votre sol, pas vos plantes ». En effet, le sol est le support d’où la plante se fixe et puise les substances dont elle a besoin pour se développer.

Grâce à mon enquête sur le terrain, j’ai pu relever que les partenaires sont les premières personnes concernées et souvent délaissées au moment des restitutions des données. Pourtant, il est indispensable que l’agriculteur-trice prenne part à toutes les étapes du processus de réflexion d’un protocole expérimental, et surtout à la restitution pour qu’il-elle devienne, un jour, à son tour, chercheur ou chercheuse. Les restitutions ont pour but de valider les données récoltées avec les agriculteur-trice-s. Une fois mon travail terminé, j’ai donc veillé à restituer les résultats de ma recherche aux agriculteur-trice-s, ce qui m’a permis de débattre avec eux-elles de l’interprétation de ceux-ci et de comprendre leurs perceptions.  De nombreuses propositions et des engagements sont ressortis de ces discussions.

« Il n’existe pas une agriculture, mais des agriculteur-trice-s »

L’Afrique est un continent où l’agriculture familiale est encore fortement présente. Pour certains, être agriculteur-trice signifie « ne rien faire », et cela pousse certaines branches de la population à s’expatrier vers les villes, en quête d’un meilleur avenir, en particulier les jeunes qui délaissent les campagnes. Pourtant, 70% de la population sénégalaise vit grâce à l’agriculture familiale. La difficulté de trouver de l’emploi une fois en ville rattrape vite les rêves de richesse et engendre l’augmentation de la pauvreté. À cet effet, il semble falloir revaloriser l’agriculture et les agriculteur-trice-s afin d’attirer les prochaines générations.

En conclusion, il s’agit d’un stage que je recommande à tou-te-s celles et ceux qui s’intéressent à l’agroécologie et à la coopération au développement. Ce fut une expérience enrichissante, tant au niveau professionnel que personnel. J’ai constaté qu’il n’existe pas une agriculture, mais des agriculteurs et agricultrices. De plus, ce stage m’a confirmé qu’il est devenu nécessaire de pouvoir subvenir de manière autonome à ses propres besoins. Il s’agit d’un enseignement que je souhaitais partager au travers de la rédaction de cet article.

« Ne doutez jamais qu’un petit groupe de citoyens engagés et réfléchis puisse changer le monde. En réalité c’est toujours ce qui s’est passé. » Margaret Mead

Yolann de Boevé

Diplômé en agronomie