Animations en espace public : concepts, dispositifs et pratiques. Une réflexion critique sur trois outils d’animation en espace public, entre éducation à la citoyenneté et éducation populaire

Animations en espace public : concepts, dispositifs et pratiques. Une réflexion critique sur trois outils d’animation en espace public, entre éducation à la citoyenneté et éducation populaire
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publié par UniverSud en Décembre 2018

Épuisement des ressources, dérèglement climatique, consommation responsable, urgence migratoire, autonomie alimentaire, résurgence de l’intolérance, déficit démocratique, inégalités hommes-femmes. Autant de thématiques on ne peut plus contemporaines dont des jeunes de 18 à 25 ans, voire parfois plus, veulent se saisir. C’est du moins ce qu’il ressort des activités que nous menons depuis maintenant plusieurs années avec UniverSud-Liège sur le campus de l’Université de Liège et avec les étudiant·e·s de l’enseignement supérieur. L’émotion est toujours présente à travers ces questions, comme l’est la volonté de changements, de transmettre des informations au plus grand nombre, de les vulgariser, du besoin de convaincre, de débattre, de s’organiser. Parmi les outils que nous avons à disposition pour ce faire et que nous proposons à ces jeunes hommes et femmes, les outils d’animation en espace public ont la particularité de toucher un public large, dans une tentative de décloisonner ces préoccupations, de les sortir du monde universitaire et associatif, du « cercle des initiés ».

L’étude que nous menons ici est à envisager comme une exploration théorique des concepts de citoyenneté mondiale et solidaire, d’espace public mais aussi des dispositifs pratiques mis en place pour tendre à une réappropriation de l’espace public par les citoyen·e·s. Il sera notamment question d’interroger deux dimensions liées à ces activités d’animation en espace public. D’une part, différents éléments des dispositifs pratiques mis en œuvre : dimensions spatiales et temporelles, matérielles, type d’interactions recherchées. En bref, tous les éléments pratiques constituant l’activité, du lieu dans lequel elle est menée (place, rue, quartier, etc.) à la tenue purement matérielle de celle-ci (affichage, interpellation, pancartes, démonstration théâtrale, etc.). D’autre part, il s’agira d’étudier les discours soutenant ces outils et produits par eux. Les animations en espace public, de par leur forme (qui n’est, cela dit, pas fixée dans le marbre) et leur contenu, sont révélatrices d’une façon de concevoir la citoyenneté mondiale. Nous prenons le parti qu’une étude réflexive et critique de ces formes et contenus pourrait servir à penser une conception plus politique, plus radicale et moins consensuelle de l’engagement citoyen, et en affecter ses pratiques.

A contrario, cette étude n’aura pas pour but de questionner la réception de ces discours et pratiques, pas plus que d’analyser les facteurs de changements, en raison d’une absence de données à ce sujet. Il faut toutefois noter qu’une telle entreprise d’évaluation ayant pour but de mesurer les changements de perception, de représentations ou de pratiques nécessiterait un appareillage méthodologique complexe, notamment via le recours d’enquêtes quantitatives et qualitatives rigoureuses.

 

  1. Le cadre de l’éducation à la citoyenneté mondiale et solidaire

Avant de développer une réflexion sur l’espace public et les outils utilisés dans le cadre de nos activités, il convient d’aborder le cadre plus général dans lequel celles-ci s’inscrivent. Plus précisément, il s’agit du cadre de l’Éducation à la citoyenneté mondiale et solidaire (ci-après, repris sous le terme d’ECMS), anciennement « Éducation au développement ». Celle-ci constitue un ensemble de pratiques et d’activités éducatives dont l’objectif est « de contribuer à la construction de sociétés justes, durables, inclusives et solidaires en suscitant et renforçant l’action individuelle et collective de   citoyen-ne-s conscient-e-s des enjeux mondiaux et qui s’en sentent co-responsables »[1].

L’UNESCO définit plus vaguement l’ECMS comme « un cadre conceptuel qui comprend les connaissances, les compétences, les valeurs et les comportements dont les apprenants ont besoin pour assurer l’émergence d’un monde plus juste, plus pacifique, plus tolérant, plus inclusif, plus sûr et plus durable. » Historiquement, l’éducation au développement change d’appellation pour « éducation à la citoyenneté mondiale »[2] afin de s’inscrire dans un contexte international où différents acteurs ont harmonisé l’appellation « ECM » et, dans le même temps, mettre en avant l’aspect solidaire nécessaire aux actions d’ECMS, étant donné les interdépendances du sujet « mondial » ou « global » que revendiquent celles-ci.

Au contraire d’activités comme des conférences ou des ateliers participatifs rassemblant un public en partie déjà captif ou des citoyens engagés, l’animation en espace public tend à confronter les pratiques d’ECMS avec un public inhabituel, plus large et, d’une certaine façon, incertain quant à sa disposition et à la réception d’un discours d’ECMS.

Qui plus est, de manière plus large, les animations en espace public font traditionnellement partie d’outils pédagogiques utilisés dans l’histoire de l’éducation populaire et plus généralement au sein des mouvements sociaux. Il faut cependant établir la parenté entre éducation populaire (et donc éducation permanente) et l’ECMS. Bien que l’ECMS comporte des éléments lui étant propres comme – à travers l’information ou la conscientisation, d’enjeux mondiaux, d’interdépendances mondiales et locales comme « Nord » et « Sud », des changements de comportements de consommation, entre autres exemples – il n’en reste pas moins que l’ECMS partage avec l’éducation populaire bien des traits communs. Dans les deux cas, il s’agit de développer du savoir critique, favoriser la mobilisation citoyenne, permettre l’expression démocratique. Depuis quelques années, le dialogue et la compréhension interculturelles sont également des caractéristiques communes aux deux nominations qui, dans les faits, tendent à se confondre dans le chef d’associations et d’organismes de la société civile.

L’éducation permanente plus spécifiquement, vise « à l’analyse critique de la société, la stimulation d’initiatives démocratiques et collectives, le développement de la citoyenneté active et l’exercice des droits sociaux, culturels, environnementaux et économiques dans une perspective d’émancipation individuelle et collective des publics en privilégiant la participation active des publics visés et l’expression culturelle ». Si l’éducation permanente vise par ces termes des moyens plus précis (la « participation active et l’expression culturelle »), elle reprend également l’idée d’émancipation à mettre en parallèle avec la façon de concevoir une éducation citoyenne, dans une perspective émancipatrice. Les dimensions « mondiales » et « solidaires » sont absentes, mais on retrouve bien la conception centrale d’une citoyenneté « active », porteuse d’analyse critique.

 

2. Citoyenneté mondiale et solidaire, historique et limitations du concept

Le concept de citoyenneté recouvre traditionnellement une idée d’appartenance à une communauté politique (d’une cité, d’un État-nation) ainsi que les droits et devoirs allant de pair. Dans cette première et plus commune acceptation juridico-politique, la citoyenneté comprend donc droits et des devoirs, civiques et politiques, et sous-entend également un droit d’exercice de la souveraineté[3]. Cette citoyenneté d’appartenance reste limitée, par exemple aux nationaux ou aux personnes majeures. Par conséquent, celle-ci reste restrictive et controversée notamment dans le cas des personnes migrantes ou des minorités culturelles n’ayant pas ou peu d’accès à la citoyenneté nationale.Dans une signification dépassant l’appartenance nationale, le citoyen est pensé comme « du monde », cosmopolite. C’est celle que l’on retrouve derrière la base idéologique de l’ECMS, à savoir faire prendre conscience le public qu’il est lui-aussi citoyen à part entière d’un système-monde. Dans ce cas, aucun cadre juridique ne vient arrêter une définition de la citoyenneté mondiale (ou internationale dans le cas de l’appellation française ECSI « Éducation à la Citoyenneté et à la Solidarité Internationales). Il s’agit plutôt d’un ensemble de conceptions communes autours des enjeux mondiaux, d’une interdépendance de ces éléments à l’heure d’une économie mondialisée et d’un impératif de solidarité.

La citoyenneté mondiale et solidaire trouve l’origine principalement dans le mouvement altermondialiste, voulant apporter une réponse à l’idée de mondialisation, de village globalisé. Cette désignation n’est pas sans avoir une certaine pertinence au regard des problématiques globales et des interdépendances entre différentes régions de la planète : il suffit de penser au réchauffement climatique et aux problématiques des migrations pour se convaincre que ces sujets sont désormais globaux, bien que vécus plus localement. Et ce quand bien même la citoyenneté conçue comme contrepartie de la démocratie occidentale ne s’appliquerait pas à tous les régimes politiques, voire à toutes les réalités culturelles.

Il est cependant important d’interroger les concepts de citoyenneté dans nos pratiques éducatives et de mobilisation, afin que celle-ci ne devienne ni un mot vide de sens, fourre-tout, ni un dogme. Selon les auteurs Numa Murard et Étienne Tassin, la citoyenneté est une idée politique relevant  de deux types de « politiques » en fonction des acteurs qui la promeuvent. La citoyenneté encouragée par les instances étatiques ou les collectivités locales est d’un premier ordre de « politique civilisationnelle », c’est-à-dire une politique promouvant la civilité, l’image des bons comportements citoyens, encourageant notamment les participations collectives cadrées et les conduites civiques. C’est, pour reprendre les termes des auteurs, « le projet de « faire » de la cohésion sociale en intervenant sur l’espace, projet relevant d’un processus de civilisation, de cohésion, de constitution d’une socialité ou d’une civilité pacifiée, harmonieuse, en tout cas la moins conflictuelle possible. Ce projet est gestionnaire ». En revanche, et de façon paradoxale, en réponse à cette volonté « civilisationnelle », Murard et Tassin[4] développent l’idée d’une citoyenneté qui ne dit pas son nom, une mystique « insurrectionnelle », faite de désobéissances, de refus, d’entraves, d’irréductibilité contre la bonne sociabilité. En somme, ce « politique y est toujours d’opposition, de contestation. Une citoyenneté du non »[5]. Il n’est pas évident de placer la citoyenneté mondiale et solidaire dans cette polarisation de conceptions, car cette dernière recouvre à la fois des aspects civilisationnels (prescription de comportements responsables, durables, plaidoyer institutionnel) mais donne également à voir des aspects plus protestataires comme en témoignent certaines actions d’ECMS en collaboration avec la plateforme d’hébergement citoyenne, par exemple.

 

3. Animation en espace public et éducation populaire

Avant une présentation du contenu des activités déployées, nous procéderons à un bref rappel de l’histoire de l’éducation populaire et de ses pratiques. Comme d’autres appellations utilisées de par-delà les époques, l’éducation populaire est à la fois un terme désignant un ensemble hétéroclite de pratiques dont les acteurs sont pleinement conscients et des définitions conceptuelles plus vagues, qui tendent à se préciser lorsqu’elles revêtent un aspect plus institutionnel, notamment quand il s’agit de politiques publiques. C’est le cas par exemple de l’éducation permanente en Belgique qui recouvre certains aspects de ce qu’il était autrefois convenu d’appeler éducation populaire, dans un décret de la Fédération Wallonie-Bruxelles. L’éducation populaire est à l’origine un projet de radicalisation démocratique, au sens où son projet est de démocratiser, via une éducation informelle (hors des institutions éducatives classiques), la vie politique comme la vie économique. Il s’agit de valoriser et de construire une éducation par le peuple, et non pas de le paternaliser en postulant de son incompétence. Par ce fait, l’éducation populaire promeut une culture et une émancipation partant « du bas », et non une culture descendante.

On peut retracer son origine au XIXe siècle, époque où l’expression « populaire » était un synonyme de chose publique, là où le qualificatif populaire est aujourd’hui souvent connoté négativement, comme « éducation du peuple ». En 1793, en France, Condorcet évoque cette éducation populaire dans un rapport à l’Assemblée nationale française. Cette éducation connaît d’autres évolutions dès les années 1850, alors que le mouvement ouvrier s’autonomise, notamment via des pratiques et des lieux éducatifs propres, liés à l’émancipation de la classe ouvrière et, plus tard, sa représentation dans les organes politiques, en France comme en Belgique. Dans ces lieux et espaces, qui préfigurent les maisons des peuples, il sera question de professionnalisation, de développement culturel et d’éducation politique, notamment sur les questions sociales, émancipatrices, voire révolutionnaires, qui traverseront les XIX et XX siècles. En Belgique, les années 1920, avec un mouvement politique ouvrier fort, et l’après-guerre, verront différents éléments s’institutionnaliser, via des lois votées (constitution des asbl, notamment, le 27 juin 1921), mais aussi par la création de grandes institutions comme des bibliothèques, des théâtres et, surtout, les universités populaires[6]. De ces nombreuses pratiques et outils d’éducation populaire découlent une série de dispositifs visant à l’interpellation et la construction de pouvoirs et de savoirs, comme la prise de parole et l’information « dans la rue », aujourd’hui désigné en tant qu’espace public. Il ne s’agit donc pas d’éduquer le peuple, mais d’éduquer par le peuple, à savoir par son langage, ses connaissances, son vécu, son histoire, etc.

En Belgique, les pratiques d’éducation populaire sont représentées sous différentes formes et ont été appropriées par des champs allant du mouvement ouvrier aux organismes actifs dans la solidarité internationale[7] en passant par les initiatives de renforcement des mouvements sociaux[8], es organismes d’éducation à l’environnement ou des manifestations sociales moins institutionnalisées comme les groupes d’action directe.

 

4. Quel espace public ?

 

Les différents outils présentés dans les pages suivantes supposent l’animation dans un espace public. ? Mais qu’est-ce que l’espace public, si souvent utilisé dans les discours de la citoyenneté ?
Espace public ou espaces publiques, de quoi parle-t-on ? La terminologie d’espace(s) public(s) recouvrent des réalités distinctes mais pouvant dans leur utilisation se confondre. L’espace public au singulier désigne en philosophie politique à un espace conceptuel en philosophie politique. Il correspond, chez le sociologue allemand Jürgen Habermas à la sphère publique[9] :  « un espace de discours, délibératif et critique rassemblant des individus privés, médiatisant les affaires publiques. ». Celui-ci aurait émergé, selon le sociologue allemand, à la fin du XVIIIe siècle dans la sphère bourgeoise en réaction au pouvoir aristocratique. Par ailleurs, la vision de l’espace public comme catégorie politique, rapport entre citoyen et État a aussi été mise en avant par la politologue allemande Hannah Arendt[10] autour des modèles de la cité grecque et de sa démocratie.

Les espaces publics au pluriel, quant à eux, désignent des lieux concrets de la vie urbaine : les places, les parcs publics, les boulevards, les rues. Présents dans les plans urbanistiques ou les discours de réappropriation de l’espace urbain, ces lieux ont comme caractéristique commune d’être ouverts, à l’inverse des espaces privés, dont l’accès est restrictif par définition. En miroir, les espaces publics ouvrent la possibilité de l’interaction, du croisement ou de la rencontre, structurées par la mobilité dans les villes.

Or, il est courant d’avoir une confusion, et même une fusion, entre les deux interprétations. Ce rapprochement n’est pas étranger à la relation qu’entretien l’espace public avec l’idée de citoyenneté. De fait, la citoyenneté, concept désignant à la fois une appartenance à une communauté politique (nationalité), une dimension juridique (droit de vote) ou des conduites civiques, est aussi, dans les démocraties libérales, synonyme de participation active à une communauté sociale et politique. Cette dernière peut s’exercer de différentes manières : on peut penser à la possibilité de participer à la vie politique, à l’interpellation citoyenne, à des formes de protestation, de manifestation ou d’expression. Dans ces exemples, l’espace public recouvre ici les deux dimensions, à différents niveaux d’intensité ou d’occupation : à la fois lieu physique et sphère d’influence socio-politique. L’utilisation d’espace public pour désigner des lieux physiques par superposition à une dimension politique est relativement récente. En terme de mouvements sociaux et de société civile, l’utilisation du nom « espace public » supplante celle de « rue », aux connotations politiques affirmées, comme par exemple « prendre la rue ».

Cette double définition de l’espace public suppose la présence d’un public imagé, à la fois différencié dans le hasard de la rencontre fortuite et unifié, théorique, au sens générique de « grand public ». Or, sur le terrain, les situations sont toujours changeantes, singulières, qu’il s’agisse de la réalité spatiale d’un quartier particulier ou plus prosaïquement de la différence qu’il existe entre une place, une rue ou un espace vert. La dissonance qui peut se révéler entre les attentes d’un espace public complètement harmonisé et les nombreuses réalités des espaces publics peut provenir de la confusion, déjà mentionnée, entre espaces publics-lieux et espace public-sphère. Cette superposition d’une dimension spatiale et politique peut conduire à des impensés sur la manière d’aborder une animation, conséquente à une absence de préparation face aux discours attendus puis reçus.

Le citoyen dans l’espace public

Le citoyen, être informe et général, n’existe pas en tant que tel. Il existe à contrario une pléthore de réalités sociales et culturelles différentes. Cela constitue, en un sens, un impensé des animations ayant pour cible le citoyen, considéré comme neutre de toute réalité sociale. D’abord, dans une neutralité de conviction, où les croyances sont renvoyées à l’ordre de la sphère privée. Ensuite, dans une neutralité politique, dans laquelle on n’affiche pas ouvertement ses préférences politiques sur la place publique. Enfin, dans une neutralité sociale où toute une série de règles doivent être respectées pour interagir avec un concitoyen dans l’espace public, au risque d’être immédiatement disqualifié, et ce y compris les stigmates physiques par exemple qui indiqueraient des appartenances sociales.

Il faut aussi prendre en compte le caractère bref et volontairement intrusif de ces animations en espace urbain, qui sont soumises à des contraintes d’anonymat et de temps. Erwin Goffman parle de “principe de non-interférence” : c’est à dire une capacité à converser tout en restant relativement anonymes, étrangers, dans un espace et un temps limités, comme une animation-débat sur une place, par exemple. Il n’est pas rare dans ce cas de courir le risque d’aller échanger des avis et des paroles qui n’auront pas plus de suite qu’un tract distribué et puis jeté l’instant suivant à la poubelle. Ce qui transparaît alors, c’est l’absence de continuité, le caractère passager et anonyme d’une interaction en espace-public sans dispositif de suivi et de  participation plus engageante.

Il convient également d’interroger les fonctionnalités des espaces publics dans lesquels les animations prennent place. Les rues, les boulevards, les places, les halles sont-ils tous des lieux propices au type d’éducation citoyenne que promeuvent les animations en espace public ?

En effet, les espaces publics contemporains sont particulièrement conçus comme des espaces de passage et non des lieux de rencontre. Cet état de fait a été observé par de nombreux analystes. Dans un diagnostic appliqué aux sociétés occidentales modernes (et post-modernes), le géographe David Harvey met en évidence un resserrement du temps et donc un rétrécissement des durées de la vie sociale (et particulièrement de déplacements) depuis l’apparition des moyens de transports modernes : voiture, train, avion. Plus spécifiquement, le déplacement dans les villes – la mobilité – est apparenté à des flux, devant circuler, ne pas s’arrêter.

Nos villes et les espaces publics qui la composent sont entre autres caractérisés par cette mobilité de flux, où l’immobilité et le stationnement ne sont pas souhaités. L’occupation de ces lieux, encore moins. Dans le cas précis des places, lieux emblématiques de l’utilisation des animations dont il est question, celles-ci sont à l’origine conçues pour comme épicentre de la chose publique. Il est extrêmement courant de retrouver des symboles et des lieux de la décision démocratique au centre des places : maison communale, parlement, etc. L’agora grecque est conçue de la même manière comme rassemblement des affaires publiques de la cité.

Or, certains aménagements de places, notamment ceux de type haussmanniens en étoile, se retrouvent enchevêtrés dans la mobilité urbaine. Phénomène contradictoire, de nombreuses places – et en particulier celles des métropoles occidentales – sont également sujettes à la patrimonialisation dues au tourisme : elles deviennent des musées à ciel ouvert où, comme dans un musée, le seul usage préconisé semble être la prise de photos, de bâtiment en bâtiment, là non plus sans réelle rencontre ni occupation.

Pourtant, la place constitue un exemple emblématique d’espace public comportant une double dimension (espace physique et sphère politique) ayant par le passé revêtu une dimension politique bien plus marquée que ses itérations présentes. De nombreux travaux soulignent l’identification de l’agora grecque comme étant un des premiers lieux confondant les deux fonctions.[11].
La place est régulièrement un lieu de revendication privilégié par les mouvements sociaux modernes, notamment les mouvements des places (Occcupy, les Indignés, place Tarhir, Nuit Debout[12]). Ces mouvements « ont concentré leur énergie sur une mise en œuvre réflexive d’une démocratie participative et horizontale dans leurs assemblées et dans les quartiers »[13]. Ces espaces à nouveau occupés peuvent ainsi passer d’une expérience de la manifestation brève à des « espaces suffisamment autonomes et distants de la société capitaliste et des rapports de pouvoir pour permettre aux acteurs de vivre selon leurs propres principes, de tisser des relations sociales différentes et d’exprimer leur subjectivité »[14].

Comme le démontre Cynthia Ghorra-Gobin[15], l’espace public est soumis à différents risques, malgré son primat d’accessibilité « publique ». L’auteure évoque d’abord la tentation de la patrimonialisation, c’est-à-dire la façon dont l’accès, pour les places publiques ou les rues historiques d’une ville, est pensé et aménagé pour le touriste, prescrivant ainsi l’utilisation du lieu à des visées touristiques et fortement balisées. D’autre part, la « muséification » tend à figer les utilisations de l’espace public. De la même manière, la marchandisation de l’espace public, qui peut être un corollaire de l’incidence du tourisme, mais pas uniquement, recommandent des utilisations réglementées et dont la primauté est donnée à l’utilisation commerciale. La dimension de bien commun de l’espace public est bien souvent négligée par les autorités publiques, qui y voient, via des instruments urbanistiques, une manière de commander à ses utilisations. Manifestations festives, commerciales, touristiques, culturelles, mais laissant peu de place à l’occupation imprévue, à l’arpentage, et encore moins à la revendication plus politique.

 

  1. Trois dispositifs d’animation en espace public

Au sein de cette analyse, nous prendrons comme cas concrets 3 types d’animations en espace public, dont nous procéderons d’abord à une description, tout en en rappelant les contextes respectifs.

Le porteur de parole

Méthode d’animation de débat de rue, ce dispositif vise à recueillir des témoignages tranchés, marqués sur une question qui fait débat, qui appelle à des points de vue différents. A titre d’exemple : “Vous êtes précaires, quelles sont vos galères ? », « Vous sentez-vous en crise ? », « Pouvez-vous imaginer d’autres façons de faire de la politique ? »”. Le dispositif consiste à afficher la question sur un panneau dans l’espace public. Les porteurs de parole abordent ensuite des passants avec des questionnements, suscitant interactions, échanges et débats, mais recueillant aussi les propos qu’ils valorisent en les affichant à côté de la question. Le dispositif peut se décliner sous différentes variantes : les porteurs de parole peuvent être mobiles, portant les panneaux sur eux ou fixes dans un espace public donné (place, rue, etc.).

Dans les fiches pratiques et méthodologiques détaillant cette animation, l’accent est mis sur la faculté qu’a cet outil d’aller échanger avec les personnes là où elles se trouvent, à la différence d’autres activités éducatives circonscrites à un public déjà présent et captif.

Entre autres objectifs annoncés, celui de « de remettre l’individu à sa place au sein de la société en lui montrant l’intérêt public de son opinion. (…) L’individu se sent valorisé et s’intéresse plus largement aux débats ou controverses actuels. C’est une première étape à l’engagement citoyen de chacun ! »[16]. Nous verrons cependant par la suite comment cette affirmation, bien que louable dans la démarche, se heurte à de nombreuses limitations, tant du dispositif que du type de discours véhiculé.

Le t-shirt débat

Cette animation est présentée comme un « un outil d’expression démocratique ». Une question est inscrite sur un t-shirt, généralement une question ouverte et interpellante, voire une phrase considérée comme choc comme par exemple : « Ton père c’est Bob Marley, parce que t’es bien roulée », utilisée lors de l’édition 2018 du festival Esperanzah. Par la suite, les animateurs vont à la rencontre de personnes dans l’espace public pour ouvrir le débat avec elles. Dans une certaine mesure, l’outil se rapproche du porteur de parole, au détail près que les réponses ne sont pas affichées. L’outil peut être utilisé dans plusieurs cadres, comme le souligne la trame en annexe : « Etudes ou diagnostics Jeunesse / Animation de quartier / Outil de Communication Sociale… ».

Le crieur public

Il s’agit d’un « dispositif de recueil et de restitution de paroles ». Lié au spectacle vivant, l’outil du crieur public consiste à rassembler les témoignages d’individus dans l’espace public, de les compiler, puis de les crier à haute voix dans un lieu fréquenté. Cette animation « rassemble là où on ne s’y attend pas, (…) fait rire, sourire, interpelle, invitant ses auditeurs à partager ensemble un moment d’émotion collective ou bien à écouter d’une même oreille des informations, un programme. ».

Le crieur public diffère des deux outils précédents dans la mesure où il peut aussi fonctionner comme « un média de proximité interactif ». La dimension informative est donc à considérer au-delà de l’interpellation, dans la mesure où cet outil peut servir de moyen de diffusion dans le cadre de collectivités locales (quartiers, par exemple), lors d’événements festifs, mais aussi pour la « valorisation » de territoires.

Dans un premier temps, nous nous proposons de commenter chaque dispositif, un par un, quant à leurs limites en termes de logistique pure. A partir d’observations de terrains lors de différentes utilisations des outils, nous pourrons dresser un inventaire des limites.

Le porteur de parole

Dans le cas du porteur de parole, un premier obstacle à son utilisation est dû au côté fixe (dans l’une des variantes que nous avons pu utiliser). Le choix du lieu est stratégique et les réussites en la matière varient en fonction d’un choix éclairé de ces endroits. Les espaces comme les places, où le temps d’arrêt peut être marqué, sont plus favorables que les axes de circulation (rues, quais). La présence d’une animation pour interpeller le passant est d’ailleurs souvent nécessaire.

La langue constitue un autre frein, dans la mesure où la question et les réponses doivent être lues et bien comprises : en conséquence, il est nécessaire d’expliciter la question ou la revendication centrale, voire de la traduire en d’autres langues.

Remarquons que l’occupation de l’espace public traditionnellement dévolu à la publicité ou à des dérivées commerciales (sollicitations monétaires, même dans le cas d’ONG pratiquant le démarchage) ne facilite pas à considérer cet espace comme un espace d’expression démocratique.

Le t-shirt débat

La première et plus visible observation concernant les limitations de cet outil est celle de sa visibilité. Le t-shirt débat demande d’être relativement proche des personnes pour qu’ellesils puissent saisir son message.

Une deuxième remarque préalable est que le t-shirt débat demande une préparation conséquente dans le cadre d’un débat suivant l’interpellation. Si un objectif d’information ou de recueil de témoignages peut être rempli assez aisément, le but recherché d’une mise en débat sur une thématique précise peut s’avérer piégeux. Lors d’une de nos utilisations, les messages affichés concernaient l’égalité homme-femme, les questions de genre, pour prendre cet exemple vécu par les participants, exigent une préparation au débat et une capacité de médiation qui ne sera pas vécue de la même manière selon l’approche, le message ou l’animateur (un animateur vers un groupe de femmes, une animatrice vers un groupe d’homme). Il existe un risque réel de reproduire des situations confinant au dialogue de sourd, au mieux, ou à la reproduction d’une prise de parole (il)légitime.

Le crieur public

Nous pouvons également formuler une remarque générale sur l’utilisation de la langue française, à l’oral et à l’écrit, dans le cadre des animations mentionnées. Si les besoins d’une langue commune sont compréhensibles dans le cadre d’une activité d’éducation citoyenne en raison de la taille des dispositifs (simple pancarte, t-shirt) ou d’un impératif de compréhension par le plus grand nombre, nous pouvons toutefois noter que l’utilisation d’une seule langue, en l’occurrence française, comporte le risque d’exclusion d’une partie de la population immigrée (de première ou de seconde génération), des personnes réfugiées, des individus maîtrisant mal la langue (personnes analphabètes, par ex.) voire des touristes. Celle-ci est rarement prise en compte dans les dispositifs de participation. Dans certains cas, cette limite peut être compensée par des traducteurs ou par une déclinaison en différentes langues, au risque peut-être de brouiller la clarté du message et la simplicité du dispositif.

 

  1. Un discours en question

A travers cette étude, nous cherchons également à replacer les animations en espace public dans leur contexte d’éducation à la citoyenneté mondiale et solidaire. Si une définition préalable a déjà été donnée en amont, il convient toutefois de lire nos animations présentées à la lumière d’une critique, toujours afin d’y apporter d’éventuelles améliorations et, peut-être, d’esquisser un éventuel dépassement.

Pour cela, le discours interne sous-tendant les animations en espace-public sera analysé, au regard des trames dont nous disposons (voir annexes) et du cadre d’éducation à la citoyenneté mondiale dans lequel ces animations prennent place. Nous analyserons, dans un second temps trois thématiques centrales présentes dans les discours véhiculés par la production de l’animation : à savoir ce qui figure sur les panneaux, feuilles, t-shirts et autres supports.

Nous ne commenterons pas, en revanche, les témoignages de citoyens recueillis lors de ces activités et de procéderons pas à une évaluation de l’efficacité de ces animations, et ce pour deux raisons. Premièrement, notre étude se contente ici de dresser un inventaire réflexif d’une certaine méthodologie, et non d’en mesurer la validité étant donné le peu de données d’évaluation recueillies lors de ces activités. Deuxièmement, et il s’agit d’une conséquence logique du point précédent, nous n’aurons pas l’occasion de développer une réflexion sur une thématique particulière, comme le genre ou le sujet des migrations, tant en terme de circonscription du sujet que de données à notre dispositions (nous voulons ainsi éviter un effet “micro-trottoir” que pourrait revêtir une telle étude). Nous pourrons toutefois constater que les discours produits dans le cadre d’animations, pris à titre d’exemples, reflètent bien une certaine façon de concevoir l’espace public, d’une part, et l’idéologie de la citoyenneté, d’autre part.

S’adresser au citoyen, mais quel citoyen ?

Qui est le citoyen ? Figure abstraite, à la fois tout le monde, mais aussi, par corollaire, personne.
Glissement sémantique du qualificatif « “social »” à « “citoyen »”.

Lorsqu’on parcourt la trame de l’animation du crieur public, on peut y lire les objectifs suivants :

  • “Améliorer la bonne circulation de l’information de quartier, dans la proximité, et la continuité ;
  • Proposer aux habitants un moyen d’expression, d’écoute et d’échange, propice à l’émergence de nouveaux projets.”

Ces deux buts spécifiques mettent en lumière le caractère vague et imprécis du discours citoyen sur des questions aussi importantes que celles de « “l’information »” ou des « “nouveaux projets »”. En effet, de quelle information parle-t-on ? De quels projets parle-t-on ? De ceux d’une association ? D’une collectivité locale ? D’un parti politique ? Cette absence de précision peut être mise sur le compte d’une grande adaptabilité de l’outil, mais elle est également révélatrice du rôle d’activateur de citoyenneté, prôné par l’éducation à la citoyenneté mondiale et solidaire, ainsi que par l’éducation permanente. La trame de l’outil porteur de parole prône un « “engagement citoyen »”. Dans la lignée des modèles de la participation citoyenne, l’idée sous-jacente est celle du citoyen comme acteur de changement, à un niveau local ou global, via une démocratie participative complémentaire à la démocratie représentative.

Il y a cependant deux écueils à cette perspective. Le premier est celui d’un postulat d’une distinction de nature entre société civile et institutionnalisation politique (les partis, les parlements, les représentants politiques de tous bords). Il y a là une présupposition d’un parlementarisme dépassé au profit d’un universalisme des intérêts (de classe, notamment, mais aussi en termes de sous-groupes sociaux racisés ou genrés), qui imaginerait des accords se faisant au nom d’une éthique supérieure, pour un bien de l’humanité qui échapperait à la dissension politique. Or, la question du conflit, de l’accord et du désaccord, ne sont pas mystérieusement absentes de la société civile, qui présente par ailleurs ses niveaux d’institutions, ses luttes de pouvoirs et ses divergences. Au contraire, ces divergences gagneraient à se refléter dans les discours véhiculés par les outils. En se pensant citoyen du monde, en accord avec toutes et tous, le biais de confirmation n’est jamais loin. De telles présuppositions peuvent conduire les animateurs des outils à une certaine naïveté quant au contenu hautement politique, et quelque part, parfois dépolitisés, des thématiques « citoyennes ».

Le second écueil serait de voir dans l’État et ses institutions un médiateur neutre au regard des oppressions inhérentes au système capitaliste. Un outil d’émancipation collective n’a pas automatiquement comme objectif de s’adosser au pouvoir existant, en informant ou échangeant pour sauvegarder le rapport de force tel qu’il est ou en « l’améliorant », mais bien – parfois – de lutter de façon conflictuelle avec ce dernier et ses représentations structurelles. On peut penser à l’État, au libéralisme économique, à la privatisation des moyens de production, mais cela est aussi valable pour le patriarcat, dans le cas des questions de genre. En ce sens, certains outils d’animation en espace public n’ont qu’une fonction limitée de sensibilisation. A l’inverse, une animation en espace publique peut très bien être le produit d’une consultation citoyenne en vue, par exemple, d’imposer un projet d’urbanisme clé-sur-porte n’ayant de participatif que le nom. Ce type d’outil, présenté comme un dispositif légitimant, comporte bel et bien la potentialité de reconduire et valider les positions tacites dans les rapports sociaux.

 

Le citoyen du monde existe-t-il ?

La citoyenneté étendue (mondiale, internationale) reste pertinente pour penser les catégories politiques de nation ou de peuple ; cependant, pour beaucoup, les cadres des États-nations restent une réalité institutionnelle véritable. Pour une partie de la population peu habituée à l’échange interculturel ou à la réflexion sur sa consommation, l’expérience de la mondialisation peut à juste titre se faire négative et être reliée à des pertes de valeurs. Cette globalisation est perçue dans le quotidien via l’échange marchand (biens de consommations allant jusqu’aux produits culturels, à forte dominance anglo-saxonne), tandis que le vécu de l’internationalisme l’est par le tourisme. Cette réalité ne peut être évincée et il serait erroné de considérer chacune des personnes amenées à participer à une animation comme de facto « citoyen du monde » potentiel. En ce sens, et même si le discours a pour objet de convaincre de cet état de fait, les réalités quotidiennes et socio-économiques restent avant tout nationales et locales.

De la même façon, cette vision d’un monde aux intérêts unifiés échoue (ou feint d’échouer) à prendre en considération la conflictualité du monde, telle que décrite par Étienne Balibar. Non pas un prétendu « “choc des civilisations »”, mais plutôt le processus selon lequel la mondialisation n’aurait pas homogénéisé toutes les différences. Au contraire, elle les aurait rendues plus visibles à certains égards. C’est justement à l’encontre d’un monde global, où toutes les appartenances se seront fondues en une identité anonyme qu’il faut mettre en garde. Une telle utopie, si elle paraît être un cadre idéal pour penser les défis climatiques, énergétiques, démographiques, postule la fin de toute autre appartenance, dans une grande communion d’intérêts. La conflictualité, le différent, est ici balayé au nom d’un intérêt commun qui tait son nom, mais dont on subodore l’idée d’un gouvernement mondial[17] (qui n’aurait que de démocratique que le nom) ou d’une gouvernance technocratique du marché.

La citoyenneté mondiale suppose donc l’existence d’une communauté politique unifiée qui ne comporterait non seulement aucune frontière, mais aucun effet politique à part celui de la posture morale comme l’analyse le philosophe Frédéric Lordon : « Le genre humain rassemblé dans une communauté politique unique, puisque tel est bien le corrélat du No Border, n’est qu’une posture vide de sens tant qu’on n’a pas produit la forme politique sous laquelle cette communauté pourrait se réaliser »[18]. De la même façon, un citoyen dépourvu de cité, donc épousant l’idée du village global de la mondialisation, participe à un objectif de le « retirer de la res publica [chose publique] afin de le livrer entièrement et sans résistance à la res economica. »[19] dans une volonté de neutraliser l’action politique (publique ou collective) sur un territoire donné, à défaut de prise sur d’un monde inaccessible, lointain, diffus.

 

Genre, discriminations raciales, développement durable : quelques exemples thématiques

Lors de nos différentes expérimentations de nos outils d’animation en espace public, plusieurs thèmes chers aux participants des ateliers comme, de manière plus générale, aux thématiques d’ECMS, ont été élaborés. Le plus souvent, cependant, ils l’ont été en amont et n’ont pas forcément été construits pour et par les lieux, ni pour et par les publics de réception. A travers ces exemples, nous tenterons aussi d’y démontrer l’apparition d’une grille de lecture morale et universaliste prenant le pas sur une grille de lecture qui serait (ou pourrait potentiellement être) plus politique, tendant vers des analysées structurelles des problématiques et donnant à voir la conflictualité des groupes sociaux, entre dominants et dominés.

Le genre

Au sujet du genre, les participants ont été amenés à écrire et à porter des messages interrogeant tantôt le genre, tantôt les inégalités hommes-femmes. Une première difficulté dans ce cadre reste les contextes nationaux et culturels différents dans lesquels les différents groupes de création des outils sont plongés, les participants étant issus de pays, donc de réalités socio-culturelles relativement différentes, particulièrement en matière de genre. La recherche d’une proposition consensuelle – pour ne pas heurter les sensibilités des uns et des autres – a bien souvent restreint l’exploration du sujet. De façon quelque peu similaire, les inégalités ou oppressions dont se sentent victime les hommes sont également régulièrement pris en compte et sur le même pied d’égalité dans ces activités afin de ne laisser personne en dehors de la participation. Si la démarche est louable, en termes d’inclusion, elle met en avant la responsabilité individuelle et l’action choisie, cartésienne, même si la déconstruction des stéréotypes peut venir endiguer cette  première analyse. Toujours est-il qu’au prix d’une volonté égalitariste, la question de structures sociales comme le patriarcat, qui offriraient un cadre d’interprétation plus constructif en termes d’émancipation, mais surtout de construction d’outils éducatifs critiques, est passée sous silence. En termes de méthodes, son application pourrait par exemple conduire à la création de groupes non-mixtes pour la créations d’outils, à partir non pas d’une volonté d’exclusion, mais du besoin d’espace-temps clos et propre, point de départ d’échanges d’expériences non altérés par les structures patriarcales (libération de parole, absence de subordinations implicites, etc.) et comme point de focale des oppressions ressenties[20].

Discriminations, antiracisme, interculturalité et relations Nord-Sud

La question du racisme, bien que moins souvent abordée dans les animations en espace public, fut toutefois riche en enseignement. Elle comprend des questionnements et des messages de l’ordre de : « As-tu déjà été victime de discrimination ? » ; « Le racisme existe-t-il encore ? » ; « Naît-on tous libre et égaux ? ».

La faculté d’exercer une discrimination reposant sur la « race » ou une autre appartenance culturelle (comme la religion) semble souvent lue comme étant individuelle, intentionnelle ou non (donc basée sur des stéréotypes) mais susceptible d’être balayée suite une prise de conscience soudaine. Il n’est que rarement question des incarnations et reproductions institutionnelles de ces logiques de domination. Il est en effet rare d’aborder la question épineuse de l’appareil répressif d’État et son rapport avec le racisme, quand bien même cette accointance tend à être démontrée, que ce soit par l’actualité de la question migratoire que sur les études réalisées à ce sujet.[21].

En revanche, la prise en compte d’inégalités en au « Nord » et au « Sud » offre ici souvent une grille de lecture politique intéressante, mais qui mérite d’être approfondie en terme d’hégémonie culturelle occidentale, d’histoire du colonialisme (et sa responsabilité collective), ainsi que d’impérialisme toujours présent (allant jusqu’à la remise en question des politiques étrangères nationales), ou d’intégration républicaine sur le modèle français.

De la même façon, il serait intéressant d’explorer le rôle passé et actuel des ONG dans la complexité de leur rapport aux pays bénéficiaires de leurs aides ou de la co-construction de solutions. Il est rarement évoqué une réflexion, dans le cadre de ces outils, sur le rôle de  normalisation occidentale, volontaire ou non, des instances comme les ONG via « de nouveaux concepts comme celui de gouvernance [qui] sont mis en avant par la globalisation technocratique, c’est-à-dire l’idéologie globale »[22].

Écologie, consommation responsable, développement durable

Le sujet de l’écologie, quant à lui, sera souvent abordé à travers le prisme de la consommation, de l’action individuelle, de la consommation personnelle d’énergie. « Quelle action fais-tu pour économiser de l’énergie ? » ; « Tries-tu tes déchets ? » ; « Combien de fois prends-tu l’avion par an ? ». L’attention est ici portée à l’action individuelle et au sentiment moral, alors que les causes structurelles et politiques sont rarement abordées, si ce n’est sous l’angle des solutions de consommation durable. Or, cette consommation durable est, d’une partie, une réponse parcellaire aux crises à répétition du capitalisme et, plus généralement, à la crise climatique. Les actions du quotidien, en supposant le primat de la demande sur l’offre, ont du mal à articuler un discours responsabilisant – accusant, devrait-on dire, les plus grands pollueurs, riches et industriels[23]. Par ailleurs, le besoin d’un discours politique critique et de solutions macro reste présent, sil l’on ne veut pas tomber dans ce que, à la suite de Frédéric Lordon, il est convenu d’appeler des « discours sans suite »[24], c’est-à-dire dire des appels aux bonnes consciences sans effets. Par ailleurs, on peut noter que le discours sur la consommation durable et responsable porte des marqueurs de classe, vu par certains publics – et parfois à juste titre – comme un luxe et un facteur de démarcation sociale, ce qui peut bloquer la réception d’un tel discours.

 

  1. Pistes de réflexion et conclusions

Saisir l’esprit des lieux

 

Le philosophe Pierre Ansay[25] défend la vision d’espaces publics aménagés de façon à pouvoir y délibérer de façon démocratique, des aménagements de l’espace disposés à la réflexion, voire à la délibération, ou, au contraire, qui peuvent justement empêcher cela. Pour cela, il semble nécessaire, dans le cadre de la préparation à un atelier d’animation de rue ou d’espace public, de connaître l’esprit des lieux, c’est-à-dire, de prendre des précautions méthodologiques quant aux lieux qui vont être explorés. Une ville n’est pas l’autre : dans le cas de grandes villes ou de métropoles, chaque quartier est précédé de son histoire – une histoire qui n’est pas uniquement l’Histoire officielle, mais qui témoigne de l’emprunte urbanistique, sociale, politique laissée dans ces lieux. Il nous paraît dès lors nécessaire, si le temps le permet, de s’en saisir un minimum, en précisant aux participants l’historicité des lieux, notamment dans certains quartiers. Pour reprendre les mots de Pierre Ansay dans un article de la revue Politique datant de 2018 : « Les citoyens mobilisés dans l’espace public de discussion portent aussi une attention à la protection du patrimoine mémoriel : les rues, les places, la trame urbaine, autant que des édifices prestigieux confectionnent « la personnalité » d’une ville. ». Ainsi, la compréhension de l’esprit habitant l’espace public, espace qui n’est jamais neutre, permet de dépasser en partie la vision du citoyen anonyme dans l’espace public et de le recontextualiser, temporairement et de façon parcellaire, certes, comme un individu faisant partie intégrante d’identités collectives, et habituées de conflictualité, de paradoxes, d’histoire. Cette « carte d’identité collective », au niveau d’une ville ou d’un quartier, n’est qu’un élément parmi d’autres permettant de connaître davantage un public, mais il peut servir d’appui à la production d’un discours adapté et non pensé en dehors des réalités locales. De la même façon, la dimension « mondiale » et universalisante de l’ECMS est mise en tension par des représentations socio-historiques, dont le discours sur l’articulation du global-local trouve parfois ses limites. Au contraire, une connaissance accrue des contextes d’action dans des espaces publics personnalisés et historicisés peut faciliter cette démarche.

 

Permanent ou éphémère ?

La temporalité et la permanence des animations en espace public constituent une question importante, commune aux dispositifs artistiques de réappropriation de l’espace public. Les mobilisations ayant une permanence dans l’espace public ont un objectif de visibilité certaine : manifestations, occupations, blocages. Qu’il s’agisse d’une permanence totale ou d’une récurrence, ces investissements de l’espace public ont pour objectif de durer, en allant dans certains cas jusqu’à soustraire aux pouvoirs publics ou aux organismes privés leur légitimité à gouverner ces espaces. Il s’agit dans ce cas de montrer, dans le temps et dans l’espace, une réappropriation par le bas de ces espaces, là où les appropriations marchandes comme les limites de la démocratie représentative sont pointées du doigt. Paradoxalement, la permanence de ce type d’occupation peut très rapidement être « contrôlée », par un encadrement symbolique et moral (les règles de bonne conduite), législatif (l’autorisation d’une action ou sa tolérance) ou policier (l’encadrement des manifestations, par exemple). La lourdeur de ces dispositifs ou leur objectif de permanence conduit à une plus grande vulnérabilité au contrôle et à l’expression non-contrainte.
A contrario, les actions rapides, légères et éphémères peuvent être répétées et présentent l’avantage de ne pas devoir être soumis à des contrôles extérieurs excessifs. Les animations en espace public, comprenant des dispositifs légers, disposent de cette faculté à pouvoir être déplacés et répétés. Le seul écueil étant que, si échange d’informations et confrontations d’opinions il doit y avoir, ces animations demandent un temps y étant pleinement consacré. Nous sommes à ce moment davantage dans un objectif visant à la confrontation d’idées et à un processus pédagogique que dans l’intervention artistique ou médiatique. Il est dès lors nécessaire de bien connaître – et donc penser –- ses objectifs lors de l’élaboration d’une animation et en fonction des moyens à disposition. La nature de l’outil intervient également : le crieur public aura davantage fonction de performance et d’interpellation, tandis que le t-shirt débat porte, littéralement, des qualités plus propice à l’échange et au débat.

 

Une occasion festive ou politique ?

 

Les animations en espace public peuvent être utilisées dans des cadres plus festifs, ou au contraire plus militants, bien ces deux caractéristiques ne soient pas immédiatement antagonistes. Il y a cependant une tension existante en termes de publics, les évènements à caractère festifs étant plus propices à toucher un public large et peu engagé (au sens où l’ECMS l’entend, du moins), tandis qu’un événement à caractère politique peut rebuter par son côté ouvertement militant, comme le sont les démonstrations de manifestation, où, dans une plus grande mesure, le répertoire d’action collective de l’action directe.

En ce sens, il est peut-être nécessaire, dans le cadre de certaines animations, d’adopter une posture n’étant pas uniquement celle d’animations de nature ludique ou festive (bien que celle-ci puisse être rassembleuse), mais de réintroduire un aspect de conflictualité ou de la confrontation d’opinions opposées et éventuellement non-conciliables. Pour être plus précis, c’est à la fois avoir à l’esprit que l’universalisme bienveillant proposé par le discours de la citoyenneté mondiale n’est ni commun à tous, ni souhaité par tous, et ne pas fuir devant des idées et des méthodes imprégnées d’une certaine radicalité politiques, ayant un potentiel de désaccord fort. Et cela parfois au risque faire le deuil de ne pas « pouvoir parler à tous » ou « rassembler un maximum ». Dès lors, c’est tout le concept de citoyenneté (à fortiori mondiale) qui est à repenser – mais peut-être faudrait-il préférer les mots d’émancipation ou ceux d’autonomie populaire – non pas comme une « posture, naïve et embryonnaire, qui pense que tout le monde peut s’entendre pour peu qu’on prenne le temps de s’écouter et de se comprendre, y compris avec ceux qui veulent votre destruction »[26] mais comme pouvant prendre en compte la nature même du fait politique, à savoir le clivage et le désaccord. En 2016, lors de Nuit Debout, Frédéric Lordon mettait déjà en garde contre « le citoyennisme intransitif, qui débat pour débattre, mais ne tranche rien, ne clive rien, et est conçu pour que rien n’en sorte ».

Créer un outil en dispositif participatif

 

Enfin, il nous parait important de proposer des voies d’adaptation des outils d’animation en espace public, afin que ceux-ci puissent bénéficier à un public pensé en amont et non seulement via des rencontres au hasard, dans un espace public généralisé. Il s’agit de penser des dispositifs de participation citoyenne dans la conception-même de ces outils. Afin de tendre à une participation ciblée, il est nécessaire de connaître les réalités locales des espaces publics concernés, d’identifier les objectifs et ainsi de déterminer la thématique adéquate. Si l’animation a pour but de se dérouler dans un quartier paupérisé, nous pouvons tout à fait imaginer un croisement des publics, en collaboration avec le public d’un centre culturel, par exemple, qui serait impliqué dans la conception et l’animation de l’outil. L’avantage premier de cette méthode est d’impliquer directement le citoyen « local » dans la démarche de participation, bien que celle-ci soit évidemment limitée par la création d’espaces ad-hoc, officialisés ou légitimés. En effet, « ce ne sont pas les participants qui ne viennent pas là où ils sont attendus, ce sont les dispositifs participatifs qui ne sont pas hospitaliers »[27]. A ce stade, la récolte d’informations dans le cadre d’un dispositif comme le t-shirt débat permet d’entrevoir une complémentarité des deux méthodes, une participation limitée avec un public ciblé dans un premier temps, puis une diffusion plus large lorsqu’il s’agit d’interpeller dans l’espace public. Sherry Arnstein classifie les méthodes participatives selon une échelle croissante à trois niveaux[28] : la non-participation (1. manipulation, 2. thérapie) ; la coopération symbolique (3. information, 4. consultation, 5. conciliation) ; et le pouvoir citoyen (6. partenariat, 7. délégation de pouvoir, 8. contrôle citoyen). Si l’on reprend cette classification, l’utilisation d’une animation en espace public, ayant tantôt pour objectif d’interpeller, suspendre l’attention, tantôt de récolter des opinions, voire de créer une amorce de débat, se situe entre des niveaux de coopérations symboliques, grosso modo de l’information à la consultation. Soit des niveaux de participation pouvant toucher un public potentiellement large, mais dont la participation en tant que telle reste limitée. C’est pourquoi une articulation avec un dispositif participatif dans la création de l’outil nous semble importante.

Quelques clés pour un dispositif participatif inclusif

 

Penser la participation, c’est aussi créer les conditions de son existence, tout en étant conscient des limites inhérentes à des dispositifs participatifs, mais auxquelles il est possible d’agencer des esquisses de solution. Voici, de façon non-exhaustive, quelques points-clés issus de nos expériences dans la conception de ces outils.

– Dans le cadre de la création de ces outils, l’animateur doit être attentif aux informations considérées comme non-conformes : la personne qui hausse la voix, qui peut être agressive, celle qui monopolise la parole ou encore celle qu’on considère comme incompréhensible ou fauteur de trouble, ce qui peut être le marqueur d’une inadaptation sociale ou culturelle. Ces interruptions peuvent paraître intempestives ou déplacées mais interroge la légitimité de « qui » aà droit à prendre la parole, et surtout, comment, de quelle façon. Ces interventions inhabituelles sont souvent considérées comme du non-discours, du « bruit ». Or, il ne s’agit pas seulement de s’exprimer librement, dans un dispositif participatif, mais de peser sur la détermination démocratique, c’est-à-dire les décisions. L’animateur et les participants doivent dès lors exprimer les règles et contraintes inhérentes à chaque dispositif, « rendre ces exigences à la fois légitimes et accessibles »[29]. Plus qu’un rôle de médiateur, l’animateur doit veiller à responsabiliser collectivement le groupe, garant de ce principe égalitariste, notamment dans le cadre d’animations interculturelles ou avec des publics socialement différents, là où la rupture de conformité est susceptible d’être présente. Le processus de création peut être le lieu de mise en évidence de ces asymétries de communication et de légitimité à prendre la parole (mais aussi à décider).
– De l’importance de la communication : en raison de distance culturelle, parfois de niveaux d’éducations, entre des publics, une bonne communication s’impose. Plutôt que de vulgariser, il serait plus exact de parler de traduction ou de correspondance. Il s’agit dès lors de prendre la problématique de la communication sous l’angle d’un changement de structure de parole, et non uniquement de vocable. Le partage d’expériences vécues comme des affects, à la base de nos actions et mobilisations, peuvent servir comme dénominateurs communs à des situations. De la même manière, simplifier les idées et éviter les concepts propres à certains milieux culturels ou sociaux. Le concept de « citoyens », par exemple, demande un certain niveau d’abstraction et de connaissance politique pour en appréhender la portée. Il revêt également – comme déjà évoqué – peu de portée mobilisatrice en termes d’identification. Des concepts plus politisés, comme ceux de « peuple » ou de « classe sociale », quoique délaissés pendant un temps, connaissent des résurgences régulières comme l’actualité nous l’a montré avec les manifestations des gilets jaunes en novembre-septembre 2018. Certains concepts, non simplifiés, peuvent être difficiles à traduire, mais il nous parait essentiel d’en garder l’essence et de les traduire via des mises en situations, des échanges d’expériences, etc. Il n’est, à titre d’exemple, pas exclu d’aborder des questions de structures socio-économiques influençant les rapports quotidiens (à la culture, à l’alimentation, à la décision politique) à condition de donner aux participants un moyen de visualiser ces influences diverses.

– Autonomiser le fonctionnement du groupe : l’animateur occupe par défaut une fonction d’autorité et de légitimation des paroles et des décisions au sein du groupe. L’augmentation des fréquences des prises de parole, une certaine souplesse dans leur émergence peut aussi favoriser l’autonomie du groupe, tout en veillant à la répartition démocratique des prises de décisions. Si l’animateur se doit de contrôler des paramètres comme la gestion du temps, les objectifs, les revendications, les moyens et, surtout, les processus de décisions internes pour y parvenir doivent faire l’objet d’une relative liberté. Liberté qui trouve sa concrétisation dans la réduction de l’influence de l’animateur, dans l’émancipation du collectif de son statut de récepteur pour s’orienter vers une co-création des savoirs.

– Préparer les participants à l’espace public : les participants à la création d’outils d’animation sont, dans ce cadre spécifique, des animateurs potentiels de ces outils. Compte tenu des éléments avancés précédemment sur l’identification les lieux – historiques, sociaux, humanisés – et le caractère anonymisant de l’espace public, il nous parait important de préparer les futurs animateurs aux conditions réelles de leurs animations, non seulement via une compréhension des lieux (des visites et arpentages peuvent être envisagées, par exemple) mais également par une préparation à l’échange et au débat d’idée, à la confrontation d’opinions tout comme à l’adaptation d’un vocable adéquat.

Pour conclure, les outils d’animation en espace public comportent un vrai potentiel d’éducation à la citoyenneté, mais nous devrions ici parler plutôt d’émancipation des publics concernés, ayant par ailleurs pris le parti de penser que la désignation par la langue portrait en elle des significations et conséquences sur le monde social. Ces potentiels sont évidemment à travailler via les pistes que nous avons esquissées : déploiement d’un langage adapté, considération des spécificités des lieux, des histoires, des contextes sociaux, temporalité, réintroduction du propos politique clivant et critique plutôt que d’énoncés consensuels basés sur la responsabilité, mais, surtout, méthodes de conceptions des outils avec les publics visés. Cette dernière voie, plus chronophage, moins « prêt à porter », pourrait cependant s’avérer la plus productive en matière d’émancipation des publics, de désenclavement des savoirs et permettrait d’offrir une solution intermédiaire entre deux publics à priori irréconciliables, un public « captif » peu nombreux mais co-constructeur de l’outil et le « grand public » imagé et éphémère.

Luca Piddiu

 

[1] La définition peut être trouvée sur le référentiel ACODEV, disponible en PDF téléchargeable à l’adresse : http://www.acodev.be/node/30804

[2] https://aspnet.unesco.org/fr-fr/Pages/Education-%C3%A0-la-citoyennet%C3%A9-mondiale.aspx

[3] Davies L., Global Citizenship: abstraction or Framework for Action?”, Educational Review, 2006, Vol. 58, No. 1, pp. 5-25.

[4] Murard N., Tassin É., « La citoyenneté entre les frontières », L’Homme & la Société, 2006/2 (n° 160-161), p. 17-35.

[5] Ibid.

[6] Pour en savoir plus sur l’histoire de l’éducation populaire en Belgique et en France, voir Degée J-L., L’éducation populaire interrogée par son histoire, analyses de l’IHEOS n°126, juillet 2015, p.4, disponible en ligne : [www.ihoes.be/PDF/IHOES_Analyse126.pdf]

[7] Au premier plan desquels figurent les ONG, mais aussi des associations comme ITECO

[8] Le Cepag, Tout Autre Chose, etc.

[9] Habermas J., L’Espace public. Archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise, Payot : Paris, 1978.

[10] Arendt H., La condition de l’homme moderne, Calmann-Lévy : Paris, 1983.

[11] Delavictoire Q., « Retour sur les concepts de citoyenneté et d’espace public chez Hannah Arendt et Jürgen Habermas pour penser la continuité du politique de l’Antiquité à la Modernité », disponible en ligne à l’adresse : [www.revue-sociologique.org/sites/default/files/Article%20Quentin%20Delavictoire%20-%20Retour%20sur%20les%20concepts.pd]

[12] Les mouvements et expérimentations démocratiques sur les places ont fait l’objet de recherche en Espagne (Ganuza et Nez, 2013 ; Feixa et Nofre, 2013), mais en Turquie (Shahin, 2012) ou en Grèce (Tambakaki, 2011).

[13] Pleyers G. & Glasius M., « La résonance des « mouvements des places » : connexions, émotions, valeurs », Socio, 2 | 2013, 59-80.

[14] Pleyers, G., Alter-Globalization: Becoming Actors in a Global Age, Cambridge, Polity, 2010.

[15] Ghorra-Gobin Cynthia, « L’espace public : entre privatisation et patrimonialisation », Esprit, 2012/11 (Novembre), p. 88-98

[16] Annexe : Le porteur de parole

[17]Voir à ce propos des textes foncièrement libéraux comme celui Pascal Perez exhortant à la création d’une gouvernance mondiale, seule solution capable, selon l’auteur, de faire reculer à la fois les replis nationaux, des pouvoirs publics liberticides et les forces économiques. Perez P. « L’homme monde, ou la citoyenneté globale », Après-demain, 2009, vol. N ° 9.

[18] Lordon F., « Dire ensemble les conditions des classes populaires et des migrants », revue Ballast, décembre 2018 [en ligne], disponible à l’adresse : https://www.revue-ballast.fr/frederic-lordon-dire-ensemble-la-condition-des-classes-populaires-et-des-migrants-1-3/

[19] Talbourdel A. « Du citoyen du monde au village planétaire : chronique du capitalisme », Le Comptoir.org [en ligne], disponible à l’adresse : https://comptoir.org/2018/10/25/du-citoyen-du-monde-au-village-planetaire-chronique-du-capitalisme/

[20] Au sujet du besoin d’espaces non-mixtes dans les collectifs militants, lire : Kruzynski Anna, « Trajectoires de militantes dans un quartier ouvrier de Montréal : trente ans de changement·s », Nouvelles Questions Féministes, 2005/3 (Vol. 24), p. 86-104.

[21] Etude police/état/répression/racisme

[22] Hours B., « Les ONG : outils et contestation de la globalisation », Journal des anthropologues, 94-95 | 2003, 13-22.

[23] Kempf H., « Plus on est riche, plus on pollue. Entretien avec Lucas Chancel », Reporterre, 13 juin 2018. Disponible en ligne à l’adresse : https://reporterre.net/Lucas-Chancel-Plus-on-est-riche-plus-on-pollue

[24] Lordon F., « Appels sans suite (1) », 12 octobre 2018, disponible en ligne à l’adresse : https://blog.mondediplo.net/appels-sans-suite-1

[25] www.revuepolitique.be/espace-public-et-democratie-deliberative/

[26] Sourice B., « Le citoyennisme est une posture naïve », revue Ballast, janvier 2018 [en ligne], disponible à l’adresse suivante : https://www.revue-ballast.fr/benjamin-sourice-citoyennisme-posture-naive/

[27] Charles J., « L’égalité, fondement ou illusion de la participation ? » Journal de l’alpha n°210 : La participation, 2018/3.

[28] Arnstein S. : a ladder of citizen participation, in Journal of the American Institute of Planners, vol. 35, n°4, 1969.

[29] Charles J., op.cit.

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